L’amour et la création artistique

Conférence de Carole DENIEL

Après s’être inspirés, dans les temps anciens, de la mythologie, de l’art lyrique des troubadours, de l’amour chaste, de l’amour maternel, de l’amour risqué et éphémère, les artistes modernes et contemporains diversifient leurs sujets et leurs modes d’expression de l’Amour.La conférencière a fait le difficile choix de sélection pour présenter certains artistes moins connus des  XIXème et  XXème siècles.
LE BAISER: des commandes sans lien avec les artistes ou bien l’expression d’un amour fou.
Le baiser le plus célèbre en photographie est sans doute celui de Doisneau en 1950 à Paris.
Les sculptures de Brancusi forment un couple enlacé (1905/1930).
Les baisers des couples de Toulouse-Lautrec (1892) montrent plutôt  un artiste « spectateur ».
Par contre le baiser dans « L’anniversaire » de Chagall (1915) prouve que l’artiste est concerné : il embrasse  Bella sa femme. Quant au « Baiser » de Klimt en  1891, on pense que  lui-même et sa compagne, Emilie Flöge dans une robe d’or, sont probablement les modèles.
LES MUSES : un mélange de prostituées,de compagnes,de femmes légitimes,de maîtresses….
Citons, Jane Morris , anglaise, modèle et muse de son époux William Morris, mais aussi de Dante Gabriel Rossetti qui fut son amant. Victorine Meurent,modèle de plusieurs peintres dont Manet qui la représente dans le fameux « Olympia » tableau qui fit scandale en 1863. Teha’amana « épouse-muse » de Gauguin en recherche d’exotisme en 1893. Kiki de Montparnasse modèle et amante de Man Ray qui pose nue, de dos pour la célèbre photo « Le violon d’Ingres » 1924.
LES COUPLES :      complémentarité… influence…concurrence …
Les Delaunay : Robert et Sonia qui jouent avec les couleurs, théorie de la simultanéité et contraste des couleurs. Larionov Michaël et Natalia Goncharova avec le rayonnisme.
Camille Claudel et Rodin :si on met en parallèle  «Jeune fille à la gerbe » en 1887 et « Galatée » en 1889, on peut se poser la question : qui imite qui ?
LES AMOURS DIFFICILES:sorte d’exutoire propice à la création artistique, à l’inspiration.
Nicolas de Staël « Figure accoudée » où la tristesse visible  du personnage montre sa  difficulté à vivre avec son épouse alors qu’il a une maîtresse. Nul n’ignore la vie sentimentale et tumultueuse de Picasso « Femme au bord de la mer » en 1922, « Femme au balcon » 1937. Olga l’épouse qui apaise et Marie Thérèse qui pose et l’inspire. Puis Dora Maar : œuvre simplifiée où parait la tristesse de la fin d’un moment d’amour. L’amour obsessionnel de Man Ray traduit dans « Les amoureux » de 1932/1934 au bord de la rupture avec son assistante, amante et muse  Lee Miller qui le quitte car trop possessif.
LE MANQUE D’AMOUR :   criant de désir, de frustration, de rupture, d’abandon…
Toulouse-Lautrec, qui reste admiratif de son père « Nice souvenir de promenade », alors qu’il l’a délaissé. Beaucoup de tableaux lui rendent hommage. Il aime la rousse Suzanne Valadon qui sera la mère d’Utrillo né de père inconnu et qu’elle enferme avec pinceaux et peintures afin qu’il guérisse de ses « tourments »… Elevé par sa grand-mère, il sera l’enfant de Montmartre qu’il peindra beaucoup  : « Lapin Agile » en 1914 et 1937, lui aussi marqué par l’absence du père.  Magritte en 1928 choqué du suicide de sa mère, retrouvée le visage recouvert par sa chemise, ce qui a sûrement inspiré l’artiste dans « Les amants » : ils s’embrassent recouverts d’un drap blanc sur leurs têtes
LA FAMILLE :  pour combler le manque, pour se réconforter, pour prouver son amour…
Le manque d’amour peut générer l’inspiration comme Louise Bourgeois qui sculpte des araignées, pour symboliser  la protection maternelle et qu’elle appelle « Maman » en 1999 en hommage à sa propre mère qui filait.
Nous avons terminé sur « Hanging heart » du provocateur Jeff Koons, œuvre en forme de cœur dédicacée à son fils car il se bat pour sa garde suite à son divorce avec Ilona Staller plus connue sous le nom de « la Cicciolina »