Les femmes peintres

LES FEMMES PEINTRES
Conférence de Juliette MOTTE

« Le génie (…) n’a pas de sexe » écrit Gorge Sand, mais longtemps les deux mots : femme et peintre sont restés  inconciliables.

Dans les grottes de la préhistoire il est dit que Les traces de mains ne peuvent être que masculines ou vu leur petitesse celles d’adolescents …… A Pompéï, une fresque représente pourtant bien une femme s’adonnant à la peinture…. Dans la Grèce antique, on sait que Timarété,fille du peintre Micon,a peint, même si aucune œuvre n’a traversé les siècles. La légende dit que c’est la fille du potier Butadès de Sycione qui serait à l’origine de la peinture et de la sculpture

Peu de femmes sont célébrées par l’histoire de l’art et pourtant…..

Au Moyen-âge, fin XIVème le mot artiste n’existe pas encore (artisan), les femmes oeuvrent auprès des hommes anonymement. Ainsi Jeanne de Montbaston peint les enluminures pour son mari  copiste : son travail  ne sera pas mentionné.
Hildegarde von  Bingen entrée dans les ordres (1098-1179) participe aux enluminures de son livre « Scivias ». Le premier autoportrait connu d’une femme peintre est celui de Catharina von Hemessen (1528-1587)
Au XVIe et XVIIè siècles, pour pouvoir peindre, la femme doit être fille de peintre ou entrer au couvent, et cela dans tous les pays européens où peu d’entre elles auront le statut de maître.
En Italie Lavinia Fontana (1552-1614) première admise au sein de l’Accademia di San Luca.
Philippe II d’Espagne lui commande un portrait.
Artemisia Gentileschi (1593-1652), après un viol commis par un collaborateur de son père, part à Florence où elle se marie et  subvient aux besoins de la famille. « Suzanne et les vieillards » « Holopherne »
En Angleterre, Mary Beale(1633-1699) peint des portraits d’un réalisme simple et classique.
En Europe du Nord, Judith Leyster reçoit le titre de maître-peintre, travaille l’ombre et la lumière, mais après son mariage, aucune peinture n’est référencée, et certaines de ses œuvres sont plutôt attribuées à d’autres peintres comme Frans Hals.
En France Elisabeth-Sophie Cheron (1648-1711) dont les gravures et tableaux sont très appréciés, tombe vite dans l’oublie après sa mort.
La peinture féminine est souvent plus intimiste, plus empreinte de douceur. Mais les femmes ne peuvent apprendre ni l’anatomie, ni la perspective, donc pas de retable, mais contraintes  à des tableaux de dévotion. Elles peuvent utiliser le pastel, peindre des miniatures, des natures mortes (Rachel Ruysch), des portraits … (Sofonisba Anguissola appelée « dame de compagnie » au lieu d’artiste ou peintre,  alors qu’elle est peintre officiel à la cour d’Espagne)
Au XVIIIème, elles ont l’accès au travail car les corporations n’existent plus, mais les « Lumières » les voient comme « des éternelles mineures », bien qu’ils s’interrogent sur leur besoin d’instruction.
Les femmes ne peuvent être peintres d’histoire, le genre supérieur qui donne accès au titre de professeur. À la fin du siècle une prise de conscience donne un statut de femme artiste aux femmes peintres françaises. L’Académie Royale fixe à 4 le nombre d’académiciennes : Rosalba Carriera (pastel) Adélaïde Labille-Guiard (portrait), Elisabeth Vigée-Lebrun, Anne Vallayer-Coster (nature morte, scène de genre, devient  chef de cabinet de peinture de Marie-Antoinette et son professeur de dessin).                                         

Au XIXème, la femme doit s’effacer devant la situation du mari : Marie-Guillemine Benoist (portrait de Pauline Bonaparte, portrait de Négresse 1800) épouse un banquier devenu conseiller d’état et ne peut plus exposer ses tableaux. Certaines dérogent à la règle : Rosa Bonheur (médaille d’or en 1848 pour « le marché aux chevaux », « labourage nivernais » 1849, spécialisée en peinture animalière)

Berthe Morisot, impressionniste. Eva Gonzales, Louise Abbéma, Marie Bracquemond …..

Ce n’est qu’en 1897, que les femmes sont admises à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, mais n’ont droit qu’aux modèles vêtus et leurs concours sont différents de celui des hommes. En 1900 elles seront admises sans restriction.
Au XXème Les femmes peuvent enfin se dédier à la peinture en abordant tous les sujets sans que cela fasse scandale : Suzanne Valadon (1865-1938), Hermine David( 1886-1970),Maria Elena Vieira da Silva (1908-1992), Frida Kahlo (1907-1954), Tamara de Lempicka (1898-1980) Léonor Fini (1908-1996)
Mais les femmes peintres qui ne se conforment pas aux règles sont discriminées et certaines restent encore dévalorisées  d’une autre façon :    épouse de …    mère de…    sœur de …    maîtresse de …

Sonia Delaunay  (1885-1979) Suzanne Duchamp (1889-1963) Margareth Keane ( 1927 ….)
La reconnaissance de leur talent est plus difficile encore que l’accession au métier.