Tristan et Isolde de Wagner

                                                      Conférence de M. JENOC

 

Après la création du « Vaisseau Fantôme », Wagner a déjà en tête tous ses opéras futurs. Il en est ainsi pour « Tristan et Isolde » construit parallèlement à « Siegfried » (troisième volet de la tétralogie). Le choix du moment de l’écriture de cet opéra n’est peut-être pas si anodin au regard de la vie de Richard Wagner à ce moment là.
Le mythe de Tristan et Isolde est d’origine scandinave, mais il existait déjà dans la Grèce antique et l’histoire sera reprise dans différents pays d’Europe.
Le thème principal de l’opéra est l’adultère, mais comme il est dû à l’absorption d’un philtre d’amour, le pardon est possible de même que la qualification d’amour courtois.
L’histoire en elle-même est simple : peu de personnages y sont représentés, mais à travers de nombreux voyages. Tristan, qui a tué le fiancé d’Isolde, doit la conduire à son oncle le Roi Marke, son futur époux. Sur le bateau qui les mène vers la Cornouailles, ils décident de mettre fin à leur jours en buvant un poison, mais la servante Brangäne se trompe et leur présente le philtre d’amour. Ils deviennent amants en Cornouailles et le Roi Marke apprenant sa déconvenue demande à Tristan de rentrer chez lui dans son château de Bretagne. Tristan accepte mais provoqué en duel par Melot, son ami, il est blessé grièvement. Dans son château, Tristan se meurt, attendant Isolde qui a le don de guérison. Elle arrive peu avant la mort de Tristan et décide de mourir avec lui au moment où arrive le Roi Marke venu leur pardonner après avoir appris la cause réelle de cet adultère.
Wagner a trente ans lorsqu’il commence la rédaction du livret (Wagner écrit toujours lui-même ses livrets) et la composition de la partition, nous sommes en 1843. Sa vie sentimentale est alors troublée, il vient de rencontrer Mathilde Wesendonk, femme de Otto Wesendonk son mécène. Un parallèle peut facilement être établi entre sa vie avec Mathilde et celle de Tristan avec Isolde. Il rencontre aussi à cette période Cosima, la fille de Liszt, qui deviendra sa maîtresse puis sa femme plus tard alors qu’elle était mariée à Hans von Bülow son chef d’orchestre et ami. Il composera cet opéra « à la table » c’est-à-dire sans passer par le piano pour écrire la partition. Le 3 avril 1858 il finit le 1er acte, et le deuxième le 2 mars 1859. Or cet acte est celui des duos d’amour. Alors les dissensions dans les couples Wagner et Wesendonk apparaissent au grand jour, Wagner demande le divorce et part pour Lucerne tout comme dans la partition, Tristan part pour la Bretagne.
Seuls Wagner et Franck Martin ont composé sur cette légende.
La partition est hors norme, quatre heures de musique avec un orchestre de 100 musiciens, véritable épreuve d’endurance pour les chanteurs (dont un duo de 45mn).
Les leitmotive chers à Wagner sont ici très présents pour évoquer le philtre d’amour et le désir de mort ou la mort elle-même.
Il y aura un avant et un après Wagner.
Wagner invente une écriture harmonique encore étudiée de nos jours, avec l’utilisation d’accords non classés que l’on entend dès le prélude après les quatre premières notes.
La tension hypnotique de l’opéra tient à la non-résolution de l’accord en do majeur qui ne viendra qu’à la fin de l’opéra lors de la mort d’Isolde.

La production était celle de Genève en 2005 avec Olivier Py comme metteur en scène et Armin Jordan comme chef d’orchestre. Cet enregistrement est traité comme un film ce qui peut dérouter le spectateur.