Le désir

LE DESIR … LES DESIRS

Conférence de Vladimir BIAGGI

Désir : tendre vers, avec conscience, l’objet du désir ; objet qui peut être tangible ou imaginaire.
Le désir n’est pas l’envie qui est futile et passagère…..
Le désir n’est pas le besoin qui est quantifiable, organique, vital, intellectuel, structurel.
Le désir est subjectif, c’est un choix de l’individu.

Le désir a une nature ambivalente :

Platon présente Eros, dieu de l’amour, comme étant le fils de Poros, représentant la richesse, le courage, et Pénia représentant la pauvreté. Le désir qui fait prendre conscience d’un manque, d’un vide, est porteur de cette ambigüité. Tantôt plein (Poros), tantôt vide (Pénia). Vide qui peut conduire au désarroi, à la jalousie, à la passion triste, à la frustration quand le désir n’est pas atteint, alors que s’il est atteint, le désir conduit à la richesse, au but recherché. L’ambigüité du désir, les deux aspects d’une réalité qui est créatrice pour Bergson, conduit vers le meilleur.
La publicité, par exemple,  nous fabrique des manques, des besoins artificiels et donc des désirs qui peuvent devenir frustrations.

Depuis les Grecs, il existe deux courants idéologiques reprenant les deux visages du désir :

Le Premier : le désir  synonyme de richesse, de conquête, c’est son côté Poros

Selon Spinoza : «  Le désir fait le bien et le beau ». En fait c’est le regard que l’on porte sur l’objet qui le rend beau, s’il est désiré, ou le plonge dans l’indifférence, s’il est dénigré.

Selon Hegel : « Rien de grand dans le monde ne s’est fait sans passion ni désir »

Selon Freud : « Le désir est ce qui fait que l’on peut créer ». Le désir est la genèse de la création chez les artistes qui sont riches de frustrations et de désillusions qu’ils subliment. Les échecs s’inscrivent dans les rêves et les cauchemars.

Le second : réguler le désir pour atteindre l’harmonie en soi.

Selon les Epicuriens : le désir est source de la peur irrationnelle de l’être humain. Il faut analyser les besoins et reconnaître ceux qui sont naturels nécessaires, naturels non nécessaires, non naturels non nécessaires … pour arriver à la sérénité.

Selon les Stoïciens : le désir est source de troubles et de violences chez les hommes : il faut changer nos désirs.

Quel est l’objet du désir ?

Tout peut être objet du désir : une personne, une voiture, un voyage ……
Et tous les objets et tous les désirs ont un point commun : le désir lui-même !

Le désir, au fond, est le désir de l’autre, le regard de l’autre, un objet de stratégie relationnelle.
Tous les choix de désir peuvent être justifiés, mais le désir est en fait, la possession d’un objet qui suscite le désir chez l’autre.
Le Dom Juan de Molière séduit les dames, son désir est inassouvi et Sganarelle, son valet est admiratif de son maître, malgré le mépris que Dom Juan a pour lui. Il a le désir de l’autre, le désir d’être respecté. (Relire la scène de la forêt).

Le désir permet d’entreprendre, de devenir stratège, de montrer qu’on est vivant …..

                ALORS : DÉSIREZ !

 

BIBLIOGRAPHIE : (très succincte)
EPICURE : Lettre à Mécénée (3 pages à lire …)
LUCRÈCE : De la nature des choses
PLATON : Le Banquet (dialogue Socrate/Diotime) et Gorgias ( dialogue Socrate/ Calliclès)
EPICTÈTE : Manuel
HEGEL : La phénoménologie de l’esprit (T1 : domination et servitude)
FREUD : Malaise dans la civilisation et Introduction à la psychanalyse
MOLIÈRE : Dom Juan
MOZART : Don Juan 

On peut explorer aussi le roman, la poésie , le théâtre, le cinéma pour encore mieux taquiner le thème du désir.