La chasse aux sorcières en Provence

Catherine RIBOTTON 

Au Moyen-âge, les « Sorcières »  n’étaient pas inquiétées. Alors pourquoi donc du XVème au XVIIIème, sont elles les victimes d’une telle chasse ? Avec des procès proches de l’inquisition ? Et pourquoi principalement les femmes ? Car en effet : 80% environ des victimes de cette chasse sont des femmes en Europe. Petite précision : la sorcellerie est rurale. Dans les cités les bourgeois font de « la magie », des «  messes noires » ce qui est une réalité.
C’est une histoire complexe où se mélangent plusieurs causes.
La faute en revient d’une part  à François Ier, qui appelle, dans un édit de Villers-Cotterêts  à  faire des procès « extraordinaires », c’est-à-dire tenus par les ecclésiastiques pour lutter contre la sorcellerie et d’autre part  à  Innocent VIII, en 1484, qui charge les Dominicains, efficaces  contre  les Cathares, de cette chasse aux sorcières. Dans ces juridictions, les gens d’église sont  juges et  les représentants du roi exécuteurs de peine c’est-à-dire qu’ils allument le bûcher, les gens d’église ne pouvant tuer.
Pendant cette période, la société sort du Moyen-âge pour entrer dans la Renaissance. Elle est  inquiète et instable, le pouvoir devenant royal et la contre-réforme luttant contre les protestants à partir du Concile de Trente en 1545.
Il faut donc des boucs émissaires, les sorcières font l’affaire : ce sont souvent des femmes veuves ou seules vivant à l’écart du village.
Le nouveau monde se veut plus rationnel mais il y a peu de connaissances scientifiques, et comme  seules les sorcières ont la connaissance  des plantes : elles  font peur. Elles utilisent la mandragore, poussant sous les gibets et dont la racine a une forme anthropomorphique et des vertus hypnotiques et aphrodisiaques.  Elles sont accusées de provoquer le vent et la pluie, « d’emmasquer »  les femmes enceintes, la lessive…par leur regard, de fabriquer des poupées en cire volées dans les églises pour y planter des aiguilles ayant servi à coudre les linceuls, de se transformer en loup-garou la nuit pour manger des enfants, de provoquer l’impuissance des nouveaux mariés en nouant les « aiguillettes ». En gros , elles exercent toutes les tâches qui touchent à la naissance et à la mort. Pour organiser cette chasse, le clergé invente la « démonologie » : une pratique pour  trouver Satan  caché dans le corps des sorcières. Le Malleus Maleficarum donne aux juges la procédure à suivre car les preuves écrites n’existent pas. Il faut obtenir  l’aveu ou même le demi-aveu de l’accusée. Pour cela  il faut des témoignages, des restes d’ossements  dans la maison, des grimoires (alors que les sorcières sont analphabètes pour une grande majorité d’entre elles) ou bien la marque du Diable en les  piquant  en divers endroits de leur corps dénudé: l’absence de saignement étant une preuve de l’emprise du Diable.
L’aveu ne dispense aucunement la victime de la torture car les juges veulent  en savoir davantage sur le Sabbat, ces « messes » célébrées le mercredi ou le jeudi  (un reste de rite païen sans doute) auxquelles les sorcières se rendraient à califourchon sur un balai enduit de belladone et de datura !
Le bûcher est l’issue inévitable du procès en France, il faut  impressionner les gens obligés de venir assister au spectacle et craindre les flammes de l’enfer. Mêmes les cendres, jetées en l’air à l’issue du supplice, peuvent déclencher en retombant des crises provoquées par le Diable (par exemple au couvent des Ursulines à Aix en  Provence).Ces manifestations de possession du Diable ressemblent aux crises de maladies mentales pas encore connues à cette époque.
En Allemagne l’ordalie est pratiquée : la sorcière est plongée dans l’eau, la noyade fait la preuve de l’innocence, la survie la preuve de la présence du Diable, il faut la brûler.
Louis XIV met fin à ces horreurs  en 1689, en bannissant  les sorcières  du royaume au lieu de les brûler.
La sorcellerie existe encore de nos jours. En Allemagne et en Suisse, des réhabilitations sont prononcées.